Le TDAH à la lumière de la psychomotricité
Longtemps réduit à une simple agitation indisciplinée ou à un bug de la concentration, le TDAH dévoile aujourd’hui sa véritable nature aux confins du cerveau et du corps.
Le Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est aujourd’hui l’un des troubles neurodéveloppementaux les plus étudiés dans les domaines de la psychologie, de la psychiatrie et des neurosciences. Sa prévalence, estimée entre 5 et 7 % chez l’enfant selon les grandes études internationales, en fait une réalité fréquemment rencontrée dans les contextes scolaires, médicaux et thérapeutiques.
Malgré l’abondance des connaissances scientifiques disponibles, le TDAH reste souvent associé à une image réductrice : celle d’un enfant agité, incapable de rester assis ou de maintenir son attention. Cette représentation masque pourtant la complexité du trouble et les multiples dimensions cognitives, émotionnelles, sensorielles et motrices qui participent à son expression.
Les recherches contemporaines montrent que le TDAH ne se limite pas à une simple difficulté attentionnelle. Il concerne plus largement la capacité du sujet à réguler son activité mentale, émotionnelle et comportementale. Les difficultés observées dans l’attention, l’inhibition des comportements ou la gestion de l’impulsivité s’inscrivent dans un fonctionnement neurodéveloppemental particulier impliquant plusieurs réseaux cérébraux participant au contrôle de l’action, à la motivation et à l’autorégulation. Cependant, l’attention ne constitue pas uniquement une fonction cognitive abstraite. Pour maintenir son engagement dans une activité, le sujet doit également réguler son niveau d’éveil, son tonus musculaire, sa posture et son activité motrice. L’attention s’inscrit ainsi dans un dialogue permanent entre le cerveau et le corps. Le mouvement, la perception sensorielle et l’organisation corporelle participent pleinement aux mécanismes qui permettent de rester disponible à une tâche ou de s’adapter aux exigences de l’environnement.
C’est précisément dans cette articulation entre les dimensions neurologiques, motrices et psychiques que la psychomotricité trouve toute sa pertinence. Cette approche considère le sujet dans sa globalité et s’intéresse à la manière dont les processus psychiques s’expriment à travers le corps, le mouvement, le tonus et la relation à l’espace. Dans le cas du TDAH, elle permet de mieux comprendre certaines manifestations fréquemment observées, telles que l’agitation motrice, l’instabilité posturale, les difficultés de coordination ou encore l’impulsivité gestuelle. Ces manifestations ne relèvent pas simplement d’un excès d’énergie ou d’un manque de volonté. Elles traduisent souvent une difficulté plus profonde à réguler l’activation corporelle et à ajuster le mouvement aux contraintes de l’environnement. Le corps devient alors l’un des lieux privilégiés où s’expriment les difficultés d’autorégulation caractéristiques du trouble.
Dans cette perspective, le TDAH peut être envisagé comme un trouble de la régulation globale du sujet, impliquant à la fois le fonctionnement cérébral, l’organisation motrice et les processus psychiques. L’approche psychomotrice invite ainsi à dépasser une vision exclusivement cognitive du trouble pour considérer l’attention comme un phénomène incarné, profondément enraciné dans l’expérience corporelle et sensorielle.
Comprendre le TDAH à la croisée du cerveau et du corps ouvre alors des perspectives thérapeutiques complémentaires. En travaillant sur la régulation tonique, l’organisation motrice et la conscience corporelle, la psychomotricité contribue à soutenir les mécanismes d’autorégulation et à favoriser une meilleure adaptation aux exigences du quotidien. Elle rappelle que l’attention n’est pas seulement une fonction mentale, mais le résultat d’un équilibre dynamique entre perception, mouvement et pensée.
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Ce que les neurosciences nous apprennent sur le TDAH
Le Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est reconnu comme un trouble neurodéveloppemental dans les classifications internationales contemporaines, notamment dans le DSM-5. Il se caractérise principalement par trois dimensions symptomatiques : l’inattention, l’hyperactivité motrice et l’impulsivité. Toutefois, ces manifestations comportementales visibles ne constituent que la partie émergée d’un fonctionnement cérébral spécifique.
Les recherches en neurosciences ont montré que le TDAH implique des différences fonctionnelles et structurelles dans plusieurs réseaux cérébraux participant à la régulation de l’attention, à la planification de l’action, au contrôle inhibiteur et à la coordination motrice.
Parmi ces régions cérébrales, le cortex préfrontal occupe une place centrale. Situé dans la partie antérieure du cerveau, il joue un rôle fondamental dans les fonctions exécutives, c’est-à-dire l’ensemble des processus qui permettent de planifier une action, d’anticiper les conséquences d’un comportement, d’inhiber des réponses inappropriées et de maintenir une information active en mémoire de travail. Chez les personnes présentant un TDAH, plusieurs études ont montré une maturation plus lente ou une activité fonctionnelle différente de certaines régions préfrontales, pouvant contribuer aux difficultés de régulation attentionnelle, d’organisation et de contrôle inhibiteur.
Les ganglions de la base constituent un autre ensemble de structures particulièrement impliquées dans le trouble. Ils participent à la sélection et à la régulation des actions motrices, mais également à la modulation des comportements orientés vers un but. Leur implication pourrait contribuer à certaines manifestations telles que l’agitation motrice, la difficulté à inhiber une réponse immédiate ou encore la recherche de stimulations plus intenses.
Le cervelet, longtemps considéré comme une structure essentiellement motrice, apparaît aujourd’hui comme un acteur important de la régulation cognitive et attentionnelle. Les travaux en neurosciences ont montré qu’il participe non seulement à la coordination des mouvements, mais aussi à l’ajustement des comportements, à l’anticipation et à la régulation du rythme de l’action.
Ces différentes structures ne fonctionnent pas isolément. Elles sont intégrées dans des réseaux neuronaux complexes, notamment les circuits fronto-striataux et fronto-cérébelleux, qui assurent la coordination entre les processus cognitifs, moteurs et émotionnels. Dans le TDAH, ce sont précisément ces mécanismes de régulation qui semblent présenter un fonctionnement particulier.
Sur le plan neurochimique, plusieurs travaux ont également mis en évidence l’implication de la dopamine et de la noradrénaline. Ces neurotransmetteurs jouent un rôle essentiel dans la modulation de l’attention, de la motivation et du maintien de l’effort cognitif. Une activité atypique de ces systèmes pourrait contribuer aux difficultés rencontrées dans les tâches longues, répétitives ou peu stimulantes.
D’un point de vue neuropsychologique, les difficultés rencontrées par les personnes présentant un TDAH sont souvent liées à certaines fonctions exécutives, notamment la mémoire de travail, la planification, la flexibilité cognitive et le contrôle inhibiteur. Lorsque ces mécanismes sont moins efficients, l’individu peut éprouver davantage de difficultés à organiser ses activités, à maintenir son attention ou à contrôler certaines réactions impulsives.
Mais au-delà des aspects strictement cognitifs, l’expérience clinique montre que de nombreux enfants et adolescents présentant un TDAH manifestent également des particularités psychomotrices : instabilité tonique, agitation motrice diffuse, maladresse gestuelle, difficultés dans la régulation du rythme ou dans la structuration de l’espace. Ces observations suggèrent que le trouble concerne également les mécanismes d’intégration sensorimotrice.
Cette réalité rappelle que l’attention ne repose pas uniquement sur des processus mentaux abstraits. Elle implique également le corps, le mouvement et la capacité à réguler les états d’activation physiologique. L’agitation observée dans le TDAH peut ainsi être comprise comme l’expression d’une difficulté à ajuster durablement l’équilibre entre activation et inhibition.
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Le diagnostic du TDAH : une démarche clinique multidimensionnelle
Le diagnostic du Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) repose sur une évaluation clinique approfondie visant à comprendre la nature des difficultés rencontrées et leur retentissement dans la vie quotidienne. Bien que les manifestations du trouble soient aujourd’hui bien identifiées, leur expression varie considérablement d’un individu à l’autre, ce qui nécessite une analyse attentive du fonctionnement global du sujet.
Classiquement, la symptomatologie du TDAH s’organise autour de trois dimensions principales : l’inattention, l’hyperactivité motrice et l’impulsivité. L’inattention se manifeste par des difficultés à maintenir une concentration soutenue, une distractibilité importante ou une tendance à perdre le fil d’une tâche. L’hyperactivité correspond à une agitation motrice excessive ou mal régulée, tandis que l’impulsivité renvoie à une difficulté à différer une réponse, à attendre son tour ou à inhiber certains comportements dans un contexte donné.
Cependant, la présence de ces manifestations ne suffit pas à elle seule pour poser un diagnostic. Les symptômes doivent être présents depuis l’enfance, s’observer dans plusieurs contextes de vie et entraîner un retentissement significatif sur le fonctionnement scolaire, social, familial ou professionnel.
L’évaluation clinique repose généralement sur la collecte d’informations provenant de différentes sources : entretiens avec la personne concernée, observations cliniques, échanges avec la famille ou les enseignants, questionnaires standardisés et, lorsque cela est pertinent, évaluations complémentaires réalisées par différents professionnels.
Le diagnostic différentiel constitue également une étape essentielle. Certaines difficultés peuvent en effet évoquer un TDAH sans relever de ce trouble. Les troubles anxieux, les troubles du sommeil, certaines difficultés d’apprentissage, les troubles du spectre de l’autisme ou encore certaines situations de stress chronique peuvent parfois produire des manifestations proches de l’inattention ou de l’agitation. Cette démarche diagnostique nécessite donc une approche globale permettant d’éviter les conclusions hâtives et de mieux comprendre les mécanismes sous-jacents aux difficultés observées.
Dans cette perspective, l’évaluation du TDAH s’inscrit souvent dans une démarche pluridisciplinaire associant médecins, psychologues, neuropsychologues, psychomotriciens, enseignants et familles. Cette collaboration permet de mieux appréhender la diversité des manifestations du trouble et d’élaborer un accompagnement adapté aux besoins spécifiques de chaque personne.
Au-delà de l’identification des difficultés, cette évaluation vise également à mettre en évidence les ressources du sujet, ses capacités d’adaptation et les conditions favorisant son fonctionnement optimal. Elle constitue ainsi une étape fondamentale dans la mise en place d’une prise en charge individualisée et cohérente.
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Le rôle de la psychomotricité dans la prise en charge du TDAH
La prise en charge du Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) repose aujourd’hui sur une approche thérapeutique intégrative et pluridisciplinaire. Les recommandations internationales soulignent en effet la nécessité d’articuler plusieurs niveaux d’intervention : accompagnement psychoéducatif des familles, soutien psychologique, aménagements pédagogiques dans le cadre scolaire, interventions neuropsychologiques ciblées sur les fonctions exécutives et, dans certains cas, traitement médicamenteux prescrit dans un cadre médical spécialisé. Dans cet ensemble thérapeutique, la psychomotricité occupe une place particulièrement singulière, car elle aborde le trouble par une porte d’entrée spécifique : corps en mouvement et l’organisation sensorimotrice du sujet.
La perspective psychomotrice repose sur un principe fondamental : les difficultés attentionnelles et comportementales observées dans le TDAH ne relèvent pas uniquement de processus cognitifs abstraits, mais s’inscrivent également dans une dynamique corporelle globale impliquant la régulation tonique, la modulation sensorielle, la coordination motrice et l’organisation temporelle de l’action. Autrement dit, l’agitation, l’impulsivité ou la distractibilité ne sont pas seulement des manifestations psychologiques ; elles sont aussi l’expression d’une difficulté plus profonde du système nerveux à réguler l’équilibre entre activation et inhibition.
Dans ce contexte, l’intervention psychomotrice vise moins à « supprimer » l’hyperactivité qu’à accompagner le sujet dans la construction de mécanismes internes de régulation. L’objectif n’est pas uniquement de réduire l’agitation ou d’améliorer la concentration dans un sens strictement comportemental, mais de permettre au sujet de développer une meilleure conscience de son corps, de son tonus et de ses rythmes internes. Le corps devient alors un véritable médiateur thérapeutique, un espace d’expérimentation à travers lequel l’individu peut progressivement apprendre à organiser son action, à moduler son énergie et à stabiliser son attention.
Sur le plan neurophysiologique, cette approche s’inscrit dans une compréhension des liens étroits entre les systèmes moteurs et les réseaux attentionnels du cerveau. Les circuits impliquant le cortex préfrontal, les ganglions de la base et certaines structures cérébelleuses participent simultanément à la régulation de l’action motrice, à l’inhibition comportementale et à la gestion de l’attention. Ainsi, travailler sur l’organisation motrice et tonique du sujet revient indirectement à soutenir les mécanismes neurocognitifs impliqués dans le contrôle de l’attention et de l’impulsivité. La psychomotricité se situe donc à l’interface entre neurosciences, développement moteur et régulation psychique.
Les séances de psychomotricité s’appuient généralement sur une grande diversité de médiations corporelles et ludiques. Les parcours moteurs, par exemple, permettent de travailler la planification de l’action, la coordination globale et la capacité à anticiper les mouvements. Dans le cas d’un enfant présentant un TDAH, ces activités constituent aussi un moyen privilégié de canaliser l’énergie motrice tout en structurant la séquence d’action : attendre son tour, mémoriser un parcours, adapter sa vitesse, ajuster son équilibre ou inhiber un mouvement impulsif deviennent autant d’expériences corporelles qui sollicitent directement les fonctions exécutives.
Les jeux de coordination et de motricité fine participent également à ce travail de régulation. Les activités sollicitant la dissociation des mouvements, l’ajustement postural ou la précision gestuelle contribuent à affiner le contrôle moteur et à renforcer les capacités d’attention soutenue. Dans ces situations, l’enfant ou l’adolescent doit mobiliser simultanément plusieurs dimensions : perception, anticipation, inhibition motrice et organisation spatiale. La tâche motrice devient ainsi un support concret pour entraîner les capacités d’autorégulation.
Les médiations rythmiques occupent également une place importante dans la pratique psychomotrice. Le rythme constitue en effet un organisateur fondamental du fonctionnement psychomoteur. Les activités impliquant des frappes, des déplacements cadencés, des synchronisations corporelles ou des jeux musicaux permettent de structurer la temporalité de l’action et de soutenir l’attention sélective. Le rythme agit comme une charpente temporelle qui aide le sujet à organiser ses gestes, à anticiper la suite d’une séquence et à stabiliser son engagement dans l’activité.
Par ailleurs, les exercices de relaxation et de régulation tonique représentent une dimension essentielle du travail psychomoteur auprès des personnes présentant un TDAH. De nombreux enfants ou adolescents concernés présentent en effet une instabilité tonique importante, caractérisée par des variations rapides entre hypertonie et relâchement. Les techniques de relaxation, les exercices de respiration, les expériences de conscience corporelle ou encore les activités de détente musculaire permettent de développer progressivement la perception des états internes du corps. Cette capacité, parfois appelée interoception, joue un rôle déterminant dans la régulation émotionnelle et comportementale.
Les jeux symboliques et les médiations ludiques occupent également une place centrale dans la relation thérapeutique. Ils permettent d’inscrire l’expérience corporelle dans une dimension imaginaire et relationnelle, favorisant ainsi l’engagement du sujet dans l’activité. Pour un enfant présentant un TDAH, le jeu constitue souvent un espace privilégié pour expérimenter des règles, gérer l’attente, négocier l’impulsivité et explorer différentes manières d’agir sur son environnement. À travers ces expériences, le sujet construit progressivement une meilleure capacité à moduler ses actions et à intégrer des repères internes de contrôle.
Il convient également de souligner que l’intervention psychomotrice ne se limite pas à la séance thérapeutique elle-même. Elle s’inscrit dans une dynamique d’accompagnement globale, impliquant un travail de collaboration avec les familles, les enseignants et les autres professionnels impliqués dans le suivi de l’enfant ou de l’adolescent. Les observations réalisées lors du bilan psychomoteur et des séances peuvent fournir des indications précieuses sur les besoins spécifiques du sujet en matière d’organisation motrice, de régulation tonique ou de gestion attentionnelle. Ces éléments peuvent ensuite orienter les aménagements pédagogiques ou les stratégies éducatives mises en place dans les différents environnements de vie.
Enfin, l’un des apports majeurs de la psychomotricité réside dans la valorisation des compétences et des ressources du sujet. Dans un contexte où les personnes présentant un TDAH sont souvent confrontées à des expériences répétées d’échec scolaire ou de critiques comportementales, les séances psychomotrices offrent un espace où le corps peut redevenir un lieu de réussite, de créativité et de plaisir d’agir. Cette dimension est loin d’être secondaire : elle participe à la restauration de l’estime de soi et au développement d’un sentiment d’efficacité personnelle, deux éléments essentiels dans le parcours développemental des enfants et des adolescents concernés.
Ainsi, la psychomotricité ne constitue pas seulement un outil complémentaire dans la prise en charge du TDAH ; elle représente une approche thérapeutique particulièrement pertinente pour comprendre et accompagner ce trouble dans sa dimension la plus fondamentale : l’articulation entre le corps, le mouvement et l’attention. En permettant au sujet d’explorer, de structurer et de réguler son engagement corporel dans l’action, elle contribue à construire les bases d’une attention plus stable, d’un comportement mieux régulé et d’une relation plus apaisée à son propre corps.
L’accompagnement psychomoteur selon les âges de la vie
L’enfance, structurer le corps pour soutenir l’attention
Chez les enfants présentant un Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), l’observation clinique met fréquemment en évidence certaines particularités dans l’organisation motrice et posturale. Ces enfants manifestent souvent une instabilité posturale marquée, une agitation motrice diffuse ou encore des difficultés à maintenir une posture stable dans les situations nécessitant un contrôle attentionnel prolongé, notamment dans le contexte scolaire. Cette instabilité ne relève pas uniquement d’un excès d’énergie ou d’une agitation volontaire ; elle témoigne souvent de difficultés dans la régulation tonico-posturale et dans l’organisation sensorimotrice.
Le maintien d’une posture stable repose sur la coordination de plusieurs systèmes sensoriels et moteurs. Le système vestibulaire informe le cerveau sur les mouvements et la position du corps dans l’espace, tandis que le système proprioceptif renseigne sur la position des différentes parties du corps. Chez certains enfants présentant un TDAH, l’intégration de ces informations peut être moins efficace, ce qui favorise une recherche fréquente du mouvement afin de maintenir un équilibre interne satisfaisant. L’agitation motrice peut alors être comprise comme une tentative spontanée d’adaptation plutôt que comme un simple comportement perturbateur.
Dans cette perspective, le travail psychomoteur vise à accompagner l’enfant dans la construction progressive d’une meilleure stabilité corporelle et d’une plus grande disponibilité attentionnelle. Les séances s’appuient notamment sur des activités favorisant la conscience corporelle, la régulation tonique et l’intégration sensorielle.
Les parcours moteurs constituent à cet égard une médiation particulièrement riche. En proposant à l’enfant de franchir des obstacles, de ramper, de sauter, de grimper ou de traverser différents supports d’équilibre, ces activités sollicitent simultanément la coordination motrice, l’anticipation et l’ajustement postural. L’enfant apprend progressivement à organiser ses actions, à adapter ses mouvements et à mieux contrôler son engagement corporel dans l’espace.
Les jeux d’équilibre occupent également une place importante dans la prise en charge psychomotrice. Marcher sur une poutre, se déplacer sur des surfaces instables ou maintenir certaines postures mobilise intensément les mécanismes de régulation tonique et posturale. Ces expériences permettent à l’enfant d’affiner la perception de son corps et de développer un sentiment de sécurité face au mouvement.
Les activités rythmiques constituent un autre levier thérapeutique particulièrement pertinent. Frapper dans les mains selon une cadence, marcher en suivant un tempo ou reproduire des séquences rythmiques sollicite les mécanismes de synchronisation sensorimotrice et favorise la structuration temporelle de l’action. Ces expériences contribuent progressivement à renforcer la capacité de l’enfant à ajuster ses comportements et à maintenir son engagement dans une activité.
Au-delà de leurs bénéfices moteurs, ces médiations participent au développement des capacités d’autorégulation. L’enfant apprend progressivement à moduler l’intensité de ses mouvements, à mieux contrôler ses impulsions et à adapter son comportement aux exigences de la situation. Le corps devient ainsi un véritable support d’apprentissage du contrôle de soi.
Enfin, ces expériences corporelles s’inscrivent toujours dans une relation thérapeutique sécurisante. Le cadre psychomoteur offre à l’enfant un espace dans lequel le mouvement n’est plus seulement perçu comme une difficulté à corriger, mais comme un moyen d’expression, d’exploration et de construction. L’agitation peut alors progressivement se transformer en mouvement organisé, intentionnel et porteur de sens.
Ainsi, la psychomotricité contribue non seulement à améliorer la stabilité motrice et posturale, mais également à soutenir le développement de l’autonomie et des capacités d’adaptation. Elle rappelle que l’attention et le contrôle comportemental s’enracinent profondément dans l’expérience corporelle et sensorimotrice du sujet.
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L’adolescence : accompagner la régulation émotionnelle et motrice
L’adolescence constitue une période particulièrement importante pour les personnes présentant un Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH). Cette étape du développement est marquée par de profondes transformations biologiques, psychologiques et sociales qui viennent parfois accentuer certaines difficultés déjà présentes durant l’enfance. Les exigences scolaires augmentent, les relations sociales se complexifient et les attentes en matière d’autonomie deviennent plus importantes.
Sur le plan neurodéveloppemental, l’adolescence correspond à une période de maturation progressive des régions cérébrales impliquées dans la planification, l’anticipation et le contrôle des comportements. Chez les adolescents présentant un TDAH, cette maturation peut être plus lente, ce qui contribue parfois à maintenir certaines difficultés dans l’organisation des actions, la gestion de l’impulsivité ou la régulation émotionnelle.
À cet âge, les manifestations du trouble ne prennent pas toujours la forme d’une agitation motrice visible. Elles peuvent s’exprimer par une agitation interne, une difficulté à gérer la frustration, une tendance à réagir rapidement sous l’effet des émotions ou encore des difficultés à maintenir un engagement régulier dans certaines activités. Les enjeux identitaires propres à cette période peuvent également renforcer le sentiment de décalage ou d’incompréhension parfois ressenti par les adolescents concernés.
L’accompagnement psychomoteur vise alors à offrir un espace permettant de travailler simultanément les dimensions motrices, émotionnelles et relationnelles du fonctionnement. Les médiations corporelles proposées ne cherchent pas uniquement à améliorer le contrôle du mouvement, mais également à favoriser une meilleure compréhension des états internes et des réactions émotionnelles.
Les activités psychomotrices permettent notamment à l’adolescent d’expérimenter différentes manières de mobiliser son corps, de gérer son énergie et d’ajuster son comportement face aux contraintes d’une situation. Les parcours moteurs plus élaborés, les activités de coordination, les exercices rythmiques ou les jeux impliquant des règles favorisent le développement de la planification, de l’anticipation et de l’adaptation comportementale.
Une attention particulière est également portée à la conscience corporelle et émotionnelle. Les exercices de respiration, de relaxation ou de perception des sensations corporelles permettent progressivement à l’adolescent d’identifier les signes précoces de tension, d’agitation ou de stress. Cette meilleure connaissance de soi favorise l’acquisition de stratégies de régulation plus efficaces dans la vie quotidienne.
Les activités réalisées en groupe peuvent également constituer un support thérapeutique précieux. Elles offrent un cadre permettant d’expérimenter la coopération, le respect des règles, la gestion de l’attente et l’adaptation aux comportements des autres. Ces expériences contribuent au développement des compétences relationnelles tout en renforçant les capacités d’autorégulation.
L’un des objectifs majeurs de l’accompagnement psychomoteur à l’adolescence consiste également à favoriser l’autonomie. Progressivement, le jeune est amené à mieux comprendre son propre fonctionnement, à identifier les situations qui le mettent en difficulté et à mobiliser des stratégies adaptées pour gérer son attention, ses émotions et son engagement dans l’action.
Ainsi, la psychomotricité accompagne l’adolescent dans une période de transition où les enjeux moteurs, émotionnels et identitaires sont étroitement liés. En s’appuyant sur l’expérience corporelle, elle contribue à renforcer les capacités d’adaptation et à soutenir le développement d’une autonomie progressive, essentielle à la préparation de l’âge adulte.
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Le jeune adulte : développer l’autonomie et les stratégies d’adaptation
Contrairement à certaines idées reçues, le Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne disparaît pas systématiquement à l’entrée dans l’âge adulte. Si l’hyperactivité motrice tend souvent à diminuer avec le temps, les difficultés liées à l’organisation, à la gestion du temps, à la planification ou à la régulation de l’attention peuvent persister et continuer à influencer le fonctionnement quotidien.
Chez le jeune adulte, ces difficultés se manifestent souvent dans des contextes nouveaux où les exigences d’autonomie deviennent plus importantes. Les études supérieures, l’insertion professionnelle ou la gestion de la vie quotidienne nécessitent en effet de mobiliser des capacités d’organisation, de planification et d’autorégulation parfois mises à l’épreuve par le trouble. Les oublis, la procrastination, les difficultés à respecter certaines échéances ou à maintenir l’attention sur des tâches longues peuvent alors devenir des sources importantes de stress et de découragement.
Dans ce contexte, l’accompagnement psychomoteur s’oriente davantage vers le développement de stratégies concrètes permettant au sujet de mieux comprendre son fonctionnement et de renforcer son autonomie. Le travail ne porte plus uniquement sur les aspects moteurs ou posturaux, mais également sur la manière dont le corps peut devenir un soutien dans l’organisation de l’action et la gestion des ressources attentionnelles.
La question du rythme occupe notamment une place centrale. De nombreux jeunes adultes présentant un TDAH décrivent des difficultés à répartir leur énergie de manière régulière, alternant parfois des périodes d’investissement intense et des phases de désengagement ou de fatigue importante. L’accompagnement psychomoteur peut alors aider à identifier ces fluctuations et à mettre en place des repères favorisant une gestion plus équilibrée de l’activité.
Les stratégies de régulation corporelle conservent également toute leur pertinence. L’intégration de pauses motrices, d’exercices de respiration, d’activités physiques adaptées ou de routines corporelles peut contribuer à maintenir un niveau d’activation plus stable et à prévenir la surcharge cognitive. Le mouvement n’est plus seulement considéré comme une réponse spontanée à l’agitation, mais comme un outil volontaire de régulation et d’organisation.
La conscience corporelle demeure également un élément important de l’accompagnement. Mieux percevoir les signes de fatigue, de tension ou de dispersion attentionnelle permet au jeune adulte d’ajuster plus rapidement son comportement et d’adopter des stratégies adaptées à ses besoins. Cette capacité d’auto-observation favorise progressivement une gestion plus autonome du trouble dans les différents contextes de vie.
L’intervention psychomotrice peut également accompagner le sujet dans l’aménagement de son environnement quotidien. L’organisation de l’espace de travail, la structuration des temps d’activité et de repos ou encore l’identification des conditions favorisant la concentration constituent autant de leviers susceptibles d’améliorer le fonctionnement au quotidien.
Au-delà des difficultés, cette période de la vie est aussi celle où de nombreux jeunes adultes développent une meilleure connaissance de leurs ressources et de leurs modes de fonctionnement. L’accompagnement psychomoteur contribue à cette démarche en aidant le sujet à transformer certaines contraintes en stratégies d’adaptation efficaces et durables.
Ainsi, à l’âge adulte, la psychomotricité ne vise pas uniquement à réduire certaines manifestations du trouble. Elle cherche avant tout à favoriser l’autonomie, la capacité d’adaptation et l’utilisation consciente des ressources corporelles comme soutien à l’organisation, à l’attention et à la gestion des défis du quotidien.
Une approche intégrative du TDAH
Le Trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ne peut être réduit à une simple difficulté de concentration ou à un ensemble de comportements observables. Il s’agit d’un trouble neurodéveloppemental complexe qui implique à la fois les mécanismes attentionnels, les fonctions exécutives, la régulation émotionnelle et l’organisation motrice du sujet. Les connaissances actuelles montrent que ces différentes dimensions sont étroitement liées et participent ensemble au fonctionnement quotidien de la personne.
Dans cette perspective, la psychomotricité apporte un éclairage complémentaire particulièrement pertinent. En s’intéressant aux liens entre le corps, le mouvement et les processus psychiques, elle permet de mieux comprendre comment les difficultés attentionnelles s’inscrivent dans l’expérience corporelle du sujet et comment le travail sur la régulation motrice peut soutenir les capacités d’autorégulation.
L’un des principaux apports de cette approche réside dans sa vision globale de la personne. Au-delà des symptômes, elle prend en considération les ressources du sujet, son rapport au corps, son environnement et ses capacités d’adaptation. Cette perspective permet de proposer un accompagnement individualisé qui tient compte des besoins spécifiques de chaque enfant, adolescent ou adulte présentant un TDAH.
La psychomotricité ne se substitue pas aux autres formes d’intervention. Elle s’inscrit au contraire dans une démarche pluridisciplinaire associant les différents professionnels impliqués dans l’évaluation et la prise en charge du trouble. Cette complémentarité contribue à construire des réponses thérapeutiques plus cohérentes et mieux adaptées à la diversité des situations rencontrées.
À la lumière des connaissances actuelles, le TDAH apparaît ainsi comme un trouble qui concerne autant la manière de penser que la manière d’agir, de ressentir et d’habiter son corps. En rappelant que l’attention se construit également à travers l’expérience sensorielle, motrice et relationnelle, la psychomotricité invite à porter un regard plus global sur le fonctionnement humain.
Comprendre le TDAH à la croisée du cerveau et du corps permet ainsi de dépasser une vision exclusivement cognitive du trouble et d’ouvrir des perspectives thérapeutiques centrées sur le développement des capacités d’adaptation, d’autonomie et d’autorégulation. C’est dans cette articulation entre les dimensions neurologiques, psychologiques et corporelles que réside toute la richesse de l’approche psychomotrice.

Saad Chraibi
Psychomotricien
• Diplômé de l’Université Mohammed VI à Casablanca, exerçant en libéral dans son propre cabinet à Casablanca (Maroc).
• Adopte une approche globale et intégrative, prenant en compte les dimensions corporelle, psychique, émotionnelle et relationnelle de la personne.
• Ancien étudiant en médecine (4 années), disposant d’une solide formation biomédicale et d’une rigueur clinique intégrée à sa pratique psychomotrice.
• Expérience professionnelle diversifiée : structures associatives, exercice libéral, travail interdisciplinaire avec orthophonistes, psychologues, neuropsychologues.
• Spécialisé dans l’adaptation des prises en charge à des profils variés, avec une forte orientation vers le travail en réseau.
• Investi dans des projets thérapeutiques personnalisés, fondés sur des évaluations précises et respectueux du rythme, de l’histoire et du potentiel de chaque patient, quel que soit son âge.