Parkinson : le trouble qui perturbe le geste… et bien au-delà
La maladie de Parkinson est souvent réduite, dans l’imaginaire collectif, à une image simple et frappante : celle d’une main qui tremble. Cette représentation, bien que parlante, demeure profondément réductrice. Elle masque la réalité d’une pathologie neurologique complexe, progressive, et profondément envahissante, qui ne se limite pas au tremblement mais engage l’ensemble du fonctionnement psychocorporel de la personne.
En effet, la maladie de Parkinson atteint le cerveau dans ses circuits moteurs, mais aussi dans les réseaux impliqués dans la régulation du tonus, du rythme, de l’attention et des émotions. Elle perturbe le mouvement dans sa fluidité, sa spontanéité et son automatisation, rendant chaque geste plus coûteux, plus lent, parfois hésitant. Le corps, autrefois évident et silencieux, devient un corps contraint, raide, imprévisible, nécessitant un contrôle volontaire permanent.
Mais Parkinson ne se joue pas uniquement dans la sphère motrice. La maladie altère également le rythme interne, rythme de la marche, du geste, de la parole, ainsi que la capacité à s’ajuster au temps et à l’espace. Elle fragilise l’attention, la capacité à initier une action, à anticiper un mouvement, à passer d’un geste à l’autre. Sur le plan émotionnel, l’anxiété, l’apathie ou la dépression viennent souvent majorer les difficultés motrices, créant un cercle vicieux entre inhibition psychique et inhibition corporelle. Progressivement, c’est toute la relation au monde qui se trouve modifiée. Marcher dans la rue, franchir une porte, se lever d’une chaise ou écrire devient source d’appréhension. Le mouvement n’est plus spontané, il est pensé, contrôlé, parfois redouté. Le corps cesse d’être un support naturel de l’action pour devenir un objet de vigilance constante.
C’est précisément à cette interface entre le neurologique, le corporel, le moteur, le cognitif et l’émotionnel que la psychomotricité trouve toute sa pertinence. Discipline du lien entre le psychisme et le mouvement, elle permet d’appréhender la maladie de Parkinson non seulement comme un trouble moteur, mais comme une atteinte globale du vécu corporel. Le regard psychomoteur ne s’attache pas uniquement à ce qui ne fonctionne plus, mais à la manière dont la personne ressent son corps, s’engage dans l’action, s’adapte à ses difficultés et tente de préserver son équilibre psychocorporel au quotidien.
Comprendre la maladie de Parkinson
La maladie de Parkinson est une affection neurologique chronique et évolutive qui résulte d’un dysfonctionnement progressif de certains circuits profonds du cerveau impliqués dans le contrôle du mouvement. Elle est principalement liée à la dégénérescence de neurones situés dans une structure appelée la substance noire, une petite région du tronc cérébral jouant un rôle central dans la régulation motrice. Ces neurones ont pour fonction essentielle de produire la dopamine, un neurotransmetteur indispensable à la transmission efficace des informations motrices entre différentes zones cérébrales.
La dopamine agit comme un véritable modulateur du mouvement. Elle permet au cerveau de sélectionner, d’initier et de coordonner les actions motrices de manière fluide et adaptée au contexte. Lorsque la production de dopamine diminue progressivement, comme c’est le cas dans la maladie de Parkinson, l’équilibre des circuits moteurs est rompu. Le cerveau éprouve alors des difficultés à déclencher le mouvement, à en ajuster l’intensité et à en assurer la continuité. Des gestes autrefois automatiques deviennent lents, fragmentés et coûteux sur le plan de l’effort attentionnel.
Concrètement, cette diminution dopaminergique entrave la capacité du cerveau à initier les mouvements de façon spontanée. Le passage de l’intention à l’action se fait plus laborieux, donnant lieu à une lenteur globale du geste. La fluidité motrice est également altérée : les mouvements perdent leur souplesse, deviennent saccadés ou appauvris, avec une réduction de leur amplitude et de leur vitesse. Les mécanismes d’automatisation, qui permettent habituellement d’agir sans y penser, se désorganisent. Des actions quotidiennes comme marcher, se lever, écrire ou boutonner un vêtement nécessitent alors une attention consciente constante.
Sur le plan moteur, ces perturbations neurologiques se traduisent par un ensemble de signes caractéristiques. La bradykinésie, ou lenteur des mouvements, constitue le symptôme central de la maladie. Elle s’accompagne d’une rigidité musculaire, liée à une augmentation anormale du tonus, qui limite l’aisance gestuelle et favorise les douleurs. Les tremblements de repos, bien que très médiatisés, ne sont ni constants ni systématiques, et peuvent être absents chez certains patients. À ces signes s’ajoutent des troubles de l’équilibre et de la posture, responsables d’une instabilité croissante et d’un risque de chute accru.
Cependant, réduire la maladie de Parkinson à ces manifestations motrices serait une vision incomplète. Les mêmes circuits cérébraux impliqués dans le contrôle du mouvement participent également à la régulation de l’attention, des émotions et des comportements. Ainsi, la maladie ne se limite pas à un trouble du geste, mais engage l’ensemble du fonctionnement neuropsychomoteur de la personne, ouvrant la voie à une compréhension plus globale et plus humaine de cette pathologie.
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Une maladie du mouvement… mais aussi du corps vécu
Au-delà des symptômes moteurs visibles et objectivables, la maladie de Parkinson entraîne une transformation profonde du rapport que la personne entretient avec son propre corps. Le corps, autrefois perçu comme fiable, silencieux et naturellement disponible pour l’action, devient progressivement un corps imprévisible, contraignant, parfois étranger. Cette modification du vécu corporel constitue une dimension centrale de la maladie, souvent difficile à verbaliser mais omniprésente dans l’expérience quotidienne des patients.
De nombreuses personnes atteintes de Parkinson décrivent un corps qui ne répond plus comme avant. Les gestes ne surgissent plus spontanément, ils doivent être pensés, préparés, contrôlés. Cette perte d’évidence corporelle s’accompagne fréquemment d’une sensation de lourdeur, de raideur ou de blocage, comme si le corps résistait au mouvement. Certains patients évoquent l’impression d’être « figés », « freinés » ou « ralentis de l’intérieur », traduisant une difficulté à engager l’action malgré l’intention de bouger.
La spontanéité gestuelle se trouve également altérée. Les mouvements deviennent plus pauvres, moins amples, moins expressifs. Le visage peut se figer, les gestes perdre leur naturel, la marche se raccourcir et se rigidifier. Cette réduction de l’expressivité corporelle impacte directement la communication non verbale et la relation à l’autre, renforçant parfois le sentiment d’isolement ou d’incompréhension. À cela s’ajoute une fatigue à la fois motrice et mentale, liée à l’effort constant nécessaire pour contrôler chaque action et compenser les automatismes défaillants.
Parallèlement aux manifestations motrices, la maladie de Parkinson s’accompagne très fréquemment de troubles dits non moteurs, qui participent pleinement à l’altération du vécu corporel. Des difficultés d’attention et de planification rendent plus complexe l’organisation des gestes et des activités quotidiennes. L’anxiété, l’apathie ou les épisodes dépressifs influencent directement la disponibilité psychique au mouvement, majorant les ralentissements et les blocages. Les troubles du sommeil accentuent la fatigabilité et fragilisent les capacités d’adaptation. Enfin, des perturbations de la perception corporelle peuvent apparaître, modifiant la manière dont la personne ressent son corps, ses appuis, son équilibre ou la position de ses segments dans l’espace. C’est à ce niveau que le regard neuropsychomoteur devient fondamental. Il permet de comprendre que le mouvement n’est jamais une simple production mécanique, mais le résultat d’une interaction permanente entre le corps, le psychisme, l’émotion et la cognition. Dans la maladie de Parkinson, ces dimensions sont intimement intriquées : une difficulté motrice peut être majorée par l’anxiété, un trouble attentionnel peut entraver l’initiation du geste, une altération du schéma corporel peut désorganiser la coordination. La psychomotricité offre ainsi une lecture globale de la maladie, centrée sur l’expérience vécue du corps et sur la manière dont la personne tente, jour après jour, de continuer à habiter son corps malgré la maladie.
Quand le geste ne va plus de soi
Dans la maladie de Parkinson, l’un des bouleversements les plus marquants concerne la perte du caractère automatique du geste. Des actions autrefois réalisées sans effort conscient, marcher, se lever d’une chaise, se retourner, écrire, attraper un objet, deviennent soudain des tâches complexes, nécessitant une attention soutenue et une préparation mentale préalable. Le mouvement n’émerge plus naturellement ; il doit être pensé, anticipé, parfois même découpé en étapes successives.
Cette perte d’automaticité oblige le patient à mobiliser des ressources cognitives importantes pour compenser les dysfonctionnements des circuits moteurs. Là où le geste était auparavant fluide et intégré, il devient contrôlé, volontaire et souvent rigide. Le patient doit littéralement « penser son mouvement », ce qui transforme chaque action du quotidien en une situation potentiellement coûteuse et fatigante sur le plan mental. Cette mobilisation constante de l’attention laisse peu de place à la spontanéité et augmente considérablement la charge cognitive.
Cette surcharge a des conséquences directes sur la motricité. Elle peut provoquer des blocages moteurs soudains, appelés freezing, durant lesquels le patient se retrouve momentanément incapable de démarrer ou de poursuivre un mouvement, en particulier lors de la marche ou des changements de direction. Ces épisodes, imprévisibles et déstabilisants, renforcent la sensation de perte de contrôle sur son propre corps. À cela s’ajoute une fatigabilité importante, à la fois physique et psychique, liée à l’effort permanent nécessaire pour maintenir l’action et rester concentré sur le geste.
Progressivement, cette expérience répétée de l’échec ou du blocage peut entraîner une perte de confiance dans les capacités motrices. Le patient anticipe la difficulté avant même d’agir, redoutant le mouvement, les situations nouvelles ou les environnements complexes. Une anxiété anticipatoire s’installe alors, pouvant majorer les troubles moteurs et renforcer le cercle vicieux entre tension émotionnelle, inhibition cognitive et blocage corporel.
Le regard neuropsychomoteur permet de donner du sens à ces difficultés en les comprenant comme le résultat d’une désorganisation des liens entre plusieurs dimensions fondamentales. Le cerveau moteur, fragilisé par le déficit dopaminergique, ne parvient plus à assurer seul la fluidité de l’action. Les fonctions cognitives, notamment l’attention, la planification et les fonctions exécutives, sont alors sollicitées de manière excessive pour compenser. Le schéma corporel, moins stable, perturbe la perception du corps en mouvement et l’ajustement postural. Enfin, la régulation tonico-émotionnelle, altérée par l’anxiété et la rigidité musculaire, vient interférer avec la qualité du geste. La neuropsychomotricité offre ainsi une lecture intégrative de la maladie de Parkinson, mettant en lumière l’interdépendance constante entre mouvement, cognition, émotion et vécu corporel.
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La psychomotricité, une approche globale et humaine
La psychomotricité ne se limite pas à une rééducation du mouvement au sens strict. Elle ne vise pas uniquement à corriger un geste défaillant ou à normaliser une performance motrice, mais s’attache avant tout à comprendre et à accompagner la manière dont la personne vit son corps au quotidien. Elle s’intéresse à la façon dont le sujet habite son corps, ressent ses gestes, anticipe l’action et se situe dans l’espace et dans le temps. Cette approche globale prend en compte le mouvement comme une expérience à la fois corporelle, psychique et relationnelle.
Chez la personne atteinte de la maladie de Parkinson, le travail psychomoteur s’inscrit dans une logique de réharmonisation du fonctionnement psychocorporel. Le psychomotricien intervient sur la fluidité motrice, en aidant la personne à retrouver des enchaînements de mouvements plus souples et moins coûteux. Il travaille la coordination globale et fine afin de faciliter les gestes du quotidien, qu’il s’agisse de la marche, des transferts, des activités manuelles ou de l’écriture. L’équilibre et la posture occupent également une place centrale, dans l’objectif de renforcer la stabilité corporelle, d’améliorer les réactions d’ajustement et de sécuriser les déplacements.
La gestion du tonus musculaire constitue un autre axe majeur de la prise en charge. Dans la maladie de Parkinson, le tonus tend à devenir excessif, rigide et peu adaptable, ce qui entrave la mobilité et accentue la fatigue. Le travail psychomoteur vise à favoriser une meilleure modulation tonique, en alternant des phases de mobilisation, de relâchement et de prise de conscience corporelle. Le rythme, souvent profondément altéré, est également au cœur de l’accompagnement. Qu’il s’agisse du rythme de la marche, du geste ou de la respiration, le psychomotricien aide le patient à retrouver des repères temporels stables et sécurisants, facilitant l’engagement dans l’action.
Au-delà de ces dimensions motrices, la psychomotricité s’intéresse pleinement aux aspects plus subtils du fonctionnement psychique. Le travail sur l’attention permet de soutenir la concentration nécessaire à l’action sans épuiser les ressources cognitives. La gestion émotionnelle est essentielle pour limiter l’impact de l’anxiété, du stress ou de la peur du mouvement, qui majorent souvent les blocages moteurs. L’image du corps, fréquemment fragilisée par la maladie, est également abordée afin d’aider la personne à se réapproprier un corps parfois vécu comme défaillant ou étranger.
Enfin, la psychomotricité accorde une place fondamentale au plaisir de bouger malgré la maladie. Redonner au mouvement une dimension positive, ludique et valorisante permet de rompre avec une vision uniquement déficitaire du corps. À travers des situations motrices adaptées, sécurisantes et signifiantes, le psychomotricien accompagne la personne parkinsonienne dans une dynamique de réengagement corporel, favorisant l’autonomie, la confiance en soi et la qualité de vie.
Redonner du sens au mouvement
La rééducation psychomotrice auprès des personnes atteintes de la maladie de Parkinson s’inscrit avant tout dans une démarche de réadaptation fonctionnelle et psychocorporelle, et non dans une recherche de performance ou de normalisation du mouvement. Il ne s’agit pas de faire « mieux » ou « plus », mais de faire autrement, en tenant compte des capacités actuelles de la personne, de l’évolution de la maladie et de son vécu corporel. Cette approche respectueuse vise à préserver l’autonomie, à sécuriser les gestes du quotidien et à maintenir une qualité de vie satisfaisante.
La prise en charge repose sur des exercices de mobilisation douce, permettant de lutter contre l’enraidissement musculaire et de favoriser une meilleure disponibilité corporelle. Ces mobilisations, réalisées dans le respect du rythme du patient, visent à entretenir l’amplitude des mouvements et à limiter la perte de souplesse. Les jeux de rythme et de coordination occupent également une place importante, car le rythme constitue souvent un appui essentiel pour faciliter l’initiation et l’enchaînement des gestes. À travers des supports ludiques et structurants, le patient est invité à retrouver des repères temporels stables qui soutiennent l’action.
Les situations motrices proposées sont pensées comme signifiantes et fonctionnelles, en lien avec les gestes du quotidien. Le mouvement n’est jamais isolé de son contexte : il s’inscrit dans une action porteuse de sens pour la personne, ce qui favorise l’engagement corporel et la motivation. Le travail sur la respiration et la détente contribue à diminuer la rigidité tonique et à apaiser les tensions émotionnelles souvent associées à la maladie. La stimulation sensorielle et proprioceptive, quant à elle, permet de renforcer les perceptions corporelles, d’améliorer les ajustements posturaux et de soutenir la conscience du corps en mouvement.
Dans ce cadre, le psychomotricien accompagne le patient dans l’apprentissage de stratégies adaptées pour faire face aux difficultés motrices. Il l’aide à contourner les blocages, notamment en proposant des amorces gestuelles, des changements de rythme ou des modifications de l’environnement. L’utilisation de repères visuels, auditifs ou corporels permet de faciliter l’initiation du mouvement et de réduire la surcharge cognitive. Progressivement, le patient retrouve des stratégies efficaces qu’il peut transférer dans sa vie quotidienne, renforçant ainsi son sentiment de compétence et d’autonomie.
Chaque séance de psychomotricité est conçue comme un espace sécurisé, contenant et bienveillant. C’est un lieu où le corps peut à nouveau oser bouger, expérimenter, se tromper et réussir, sans crainte du regard de l’autre ni de l’échec. Dans cet espace, le mouvement retrouve une valeur d’expérience vécue, permettant à la personne parkinsonienne de se réapproprier son corps et de renouer, autant que possible, avec le plaisir d’agir.
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Une approche complémentaire et indispensable
La psychomotricité constitue une approche complémentaire et indispensable dans la prise en charge de la maladie de Parkinson, sans jamais se substituer au traitement médicamenteux ni aux autres formes de rééducation. Les traitements pharmacologiques, en particulier ceux visant à compenser le déficit dopaminergique, restent essentiels pour améliorer les symptômes moteurs. De même, les interventions des différents professionnels de santé répondent à des objectifs spécifiques et complémentaires. La psychomotricité s’inscrit ainsi pleinement dans une logique de collaboration et de coordination des soins.
Au sein de cette prise en charge pluridisciplinaire, le psychomotricien travaille en lien étroit avec le neurologue, le kinésithérapeute, l’orthophoniste et le neuropsychologue. Le neurologue assure le diagnostic, le suivi médical et l’ajustement des traitements. Le kinésithérapeute intervient plus spécifiquement sur le renforcement musculaire, la mobilité articulaire et la prévention des chutes. L’orthophoniste accompagne les troubles de la parole, de la voix et de la déglutition, tandis que le neuropsychologue évalue et prend en charge les troubles cognitifs et exécutifs. La psychomotricité vient compléter ces approches en offrant une lecture transversale du fonctionnement psychocorporel.
La spécificité de la psychomotricité réside dans sa capacité à faire le lien entre le cerveau et le corps, en tenant compte des interactions constantes entre les mécanismes neurologiques et l’expression corporelle. Elle relie également le mouvement et l’émotion, en reconnaissant l’influence réciproque des états affectifs et de la qualité motrice. L’anxiété, la peur du blocage ou la perte de confiance peuvent majorer les troubles moteurs, tout comme une meilleure régulation émotionnelle peut faciliter l’engagement dans l’action. Enfin, la psychomotricité articule la motricité et le vécu subjectif, en s’intéressant à la manière dont la personne perçoit, ressent et investit son corps dans son quotidien.
Par cette approche intégrative, la psychomotricité contribue à donner une cohérence globale à la prise en charge. Elle permet de dépasser une vision strictement symptomatique de la maladie pour accompagner la personne dans toutes les dimensions de son expérience corporelle. En travaillant à l’interface du somatique et du psychique, elle participe activement au maintien de l’autonomie, de l’identité corporelle et de la qualité de vie des personnes atteintes de la maladie de Parkinson.
En définitive, la maladie de Parkinson est communément décrite comme une maladie du mouvement, mais cette définition, à elle seule, ne rend pas justice à la réalité vécue par les personnes concernées. Au-delà des troubles moteurs visibles, c’est l’ensemble du rapport au corps qui se trouve profondément transformé. Le geste perd son évidence, le corps devient source de doute, de fatigue et parfois de souffrance, et le quotidien se voit rythmé par des adaptations constantes. Parkinson est ainsi une maladie du corps vécu, dans laquelle le mouvement, l’émotion, la cognition et l’identité corporelle sont étroitement intriqués.
Dans ce contexte, la psychomotricité propose une réponse singulière, à la fois globale, sensible et profondément humaine. Elle ne se limite pas à une rééducation fonctionnelle, mais accompagne la personne dans sa manière d’habiter son corps malgré la maladie. En tenant compte du vécu subjectif, des ressources psychiques et des capacités motrices restantes, elle permet au patient de rester acteur de son corps, et non simple spectateur de ses limitations.
Redonner du sens au geste, c’est aider la personne à comprendre, à ajuster et à réinvestir ses mouvements dans des situations concrètes et signifiantes. Restaurer la confiance, c’est permettre au corps de bouger sans crainte permanente de l’échec ou du regard de l’autre. Préserver la dignité, c’est reconnaître la personne dans sa globalité, au-delà de ses symptômes. Enfin, maintenir le plaisir de bouger, même autrement, c’est soutenir l’élan vital et la qualité de vie face à une maladie évolutive.
Ainsi, face à la maladie de Parkinson, la psychomotricité ne cherche pas à lutter contre le corps, mais à travailler avec lui. Elle accompagne la personne dans un processus d’adaptation continue, où le mouvement redevient possible, porteur de sens et d’humanité, malgré la maladie.
Références
Poewe, W., Seppi, K., Tanner, C. M., Halliday, G. M., Brundin, P., Volkmann, J., Schrag, A.-E., & Lang, A. E. (2017). Parkinson disease. Nature Reviews Disease Primers, 3, 17013.
Bloem, B. R., Okun, M. S., & Klein, C. (2021). Parkinson’s disease. The Lancet, 397(10291), 2284–2303.

Saad Chraibi
Psychomotricien
• Diplômé de l’Université Mohammed VI à Casablanca, exerçant en libéral dans son propre cabinet à Casablanca (Maroc).
• Adopte une approche globale et intégrative, prenant en compte les dimensions corporelle, psychique, émotionnelle et relationnelle de la personne.
• Ancien étudiant en médecine (4 années), disposant d’une solide formation biomédicale et d’une rigueur clinique intégrée à sa pratique psychomotrice.
• Expérience professionnelle diversifiée : structures associatives, exercice libéral, travail interdisciplinaire avec orthophonistes, psychologues, neuropsychologues.
• Spécialisé dans l’adaptation des prises en charge à des profils variés, avec une forte orientation vers le travail en réseau.
• Investi dans des projets thérapeutiques personnalisés, fondés sur des évaluations précises et respectueux du rythme, de l’histoire et du potentiel de chaque patient, quel que soit son âge.